Moisissure sur les murs : la nettoyer sans danger et l'empêcher de revenir

La moisissure sur un mur se nettoie, mais pas n’importe comment. Points noirs dans un angle de chambre, auréole grise derrière une armoire, plafond de salle de bain qui verdit : la méthode est la même. Mal faits, le grattage et l’aspirateur dispersent les spores dans toute la maison. Et sans traiter l’humidité qui la nourrit, elle revient : d’après le CSTB, une contamination devient visible à l’œil nu en 48 à 72 heures quand les conditions lui sont favorables.
Avant de nettoyer : quelle surface pouvez-vous traiter vous-même ?
La surface moisie aide à mesurer l’ampleur du problème, mais elle ne suffit pas à décider. Comptent aussi le nombre de taches, les matériaux touchés, l’origine de l’humidité et la santé des occupants. Les seuils ci-dessous, ceux de Santé Canada repris dans l’expertise de l’Anses de 2016, sont des repères pratiques et non des règles :
| Surface moisie | Qui nettoie |
|---|---|
| Petite : 3 taches au plus, 1 m² au total au maximum | Vous-même, avec des protections |
| Moyenne : plus de 3 taches, chacune de moins de 1 m², 3 m² au total au maximum | Possible soi-même, mais l’avis d’un professionnel est recommandé |
| Grande : une seule tache de plus de 3 m² | Un professionnel évalue et nettoie |
Le guide du CSTB, rédigé avec le ministère chargé de la santé, ajoute une condition : ne nettoyez pas vous-même si vous souffrez d’asthme, d’une autre maladie respiratoire ou d’un déficit immunitaire. Avant de commencer, éloignez de la pièce les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les personnes allergiques. Une contamination importante, un matériau détérioré ou une moisissure qui revient malgré le nettoyage justifient un avis professionnel, quelle que soit la surface.
Le matériel et les protections
Le CSTB conseille :
- des gants de caoutchouc et des lunettes de protection ;
- un masque FFP2 (ou N95), bien ajusté au visage : un masque chirurgical ne protège pas des spores ;
- une tenue qui couvre la tête, de préférence jetable ;
- deux éponges, deux seaux d’eau claire, des chiffons ou du papier absorbant, un sac poubelle ;
- une bâche au sol pour récupérer les poussières.
Fermez la porte de la pièce et ouvrez sa fenêtre. Sortez les meubles et les objets si possible, et ne transportez pas d’objets moisis dans les autres pièces sans les avoir enfermés dans un sac.
Comment enlever la moisissure des murs, étape par étape
- Humidifiez légèrement la zone sans la détremper, pour que les spores ne s’envolent pas.
- Passez une éponge imbibée de la solution de nettoyage sur toute la surface moisie. Rincez souvent l’éponge dans le premier seau.
- Rincez le mur à l’eau claire avec la seconde éponge.
- Séchez complètement avec un chiffon propre ou du papier absorbant. Le CSTB conseille ensuite d’aérer fenêtres et portes ouvertes, ou de faire tourner un déshumidificateur fenêtres et portes fermées.
- Jetez éponges, chiffons, bâche et protections jetables dans un sac bien fermé.
Quel produit utiliser : détergent ou eau de Javel ?
Commencez par un détergent. L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes conseille un détergent à base de savon et juge la désinfection rarement nécessaire. La ville de New York et le Laboratoire d’hygiène de la ville de Paris recommandent aussi un détergent, rappelle l’Anses. Santé Canada va plus loin : il demande de ne pas utiliser d’eau de Javel contre les moisissures, et conseille une solution savonneuse non parfumée ou un peu de bicarbonate de soude.
Les recommandations françaises plus anciennes divergent. Le guide du CSTB de 2015 propose de l’eau de Javel prête à l’emploi. En 2006, le Conseil supérieur d’hygiène publique de France proposait cette dilution, citée par l’Anses : 1 litre d’eau de Javel prête à l’emploi (2,6 %) dans 9 litres d’eau froide. Si vous l’utilisez, vérifiez que le support la supporte et suivez l’étiquette du produit.
Ne mélangez jamais l’eau de Javel avec du vinaigre blanc, un détartrant ou un produit ammoniaqué : le mélange dégage des gaz toxiques. Si vous toussez ou avez du mal à respirer pendant le nettoyage, arrêtez-vous et sortez de la pièce.
Ce qu’il ne faut pas faire
Le CSTB et Santé.fr déconseillent trois gestes très répandus :
- gratter à sec ou poncer la moisissure ;
- passer l’aspirateur ménager dessus (seul un aspirateur à filtre HEPA peut servir à dépoussiérer après le nettoyage, selon l’Anses et Santé Canada) ;
- repeindre ou tapisser par-dessus sans avoir nettoyé et supprimé l’humidité : la moisissure continue de pousser dessous.
Évitez aussi le nettoyeur haute pression, qui détrempe le mur.
Plâtre, placo, papier peint, bois : des cas à part
Moisissure sur du placo : nettoyer ou remplacer ?
Le plâtre et le bois peuvent être contaminés en profondeur. Dans ce cas, prévient l’Anses en citant le Conseil supérieur d’hygiène publique, un traitement de surface n’a qu’une efficacité illusoire. Santé Canada conseille de nettoyer une cloison sèche avec un chiffon à peine humide, sans la mouiller. Si la moisissure se trouve sous la peinture, ou si la plaque est détériorée ou reste humide, il faut la retirer et la remplacer.
Pour le papier peint, le CSTB distingue deux situations. Quelques petites taches éparses peuvent se traiter en surface, après un essai sur une zone cachée. Si la moisissure est étendue ou se trouve derrière le papier, il faut décoller le papier, le jeter, puis nettoyer le mur nu.
Sur le bois, le CSTB déconseille la Javel, soupçonnée de favoriser la mérule. Pour une moisissure superficielle, utilisez de l’eau savonneuse chaude, puis séchez. Si vous soupçonnez la mérule, un champignon qui attaque le bois de construction selon le CSTB, faites examiner le bois par un professionnel.
Empêcher la moisissure de revenir
Le nettoyage ne règle rien si l’humidité reste. Une tache dans un angle de mur extérieur ou derrière un meuble vient souvent de la condensation : l’air humide se dépose sur une surface froide. Une tache qui part du sol ou du plafond fait plutôt penser à une remontée d’humidité, une fuite ou une infiltration.
Contre la condensation, les gestes de base aident souvent : aérer au moins 10 minutes deux fois par jour, faire tourner la hotte et l’extracteur, chauffer toutes les pièces, laisser environ 3 cm entre les meubles et les murs extérieurs. Ils ne remplacent pas la réparation d’une fuite, d’une infiltration ou d’une ventilation en panne. Vérifiez votre taux d’humidité avec un hygromètre : la plage de référence va de 40 à 60 %. Si la buée envahit aussi les vitres, voyez notre page sur la condensation sur les fenêtres.
Pour comprendre les différentes moisissures et leurs effets sur la santé, voir notre fiche moisissure dans la maison. En cas de toux, de gêne respiratoire ou de crises d’asthme plus fréquentes, parlez-en à votre médecin.
Sources
- CSTB, avec l'appui du ministère chargé de la santé – Moisissures dans votre logement ? Les éliminer en toute sécurité (février 2015, PDF)
- Anses – Moisissures dans le bâti, avis et rapport d'expertise collective (juin 2016, révisé en octobre 2016, PDF)
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes – Moisissures dans le logement : comment agir ? (6 août 2026)
- Santé Canada – Document de conseils pour lutter contre l'humidité et les moisissures dans les espaces intérieurs (PDF)
- Santé.fr (RecoSanté) – Comment limiter l'humidité dans son logement ? (24 juillet 2025)



